Revue de presse

03.06.2016

Efficacité énergétique : les bailleurs peu intéressés

Les propriétaires immobiliers ne manifestent qu'un intérêt modéré pour les économies d'énergie, déplorent les consultants en la matière. Les bailleurs démentent: certaines formes d'incitation existent bel et bien.

ayer un loyer plus élevé alors même que le bailleur a modernisé le bien immobilier à des fins d’économies d’énergie? Ce qui semble a priori contradictoire est tout à fait possible: les économies d’énergie font certes baisser les charges, mais le bailleur peut dans le même temps majorer le loyer, car cette réfection augmente la valeur de l’objet.

Selon une évaluation de la revue «Beobachter», la mise en œuvre simultanée de différentes mesures «globales» permettant d’économiser l’énergie - isolation du toit, capteurs solaires, optimisation de la ventilation des logements, rénovation des fenêtres - entraîne une hausse de loyer pouvant atteindre 270 francs. En contrepartie, les charges peuvent baisser, mais cette baisse dépend de plusieurs facteurs comme la taille du logement.

«L’intérêt est modéré»

Roland Stadelmann, directeur de l’association energo, principal centre de compétences pour l’efficacité énergétique dans le bâtiment, affirme: «Les propriétaires ou les gestionnaires immobiliers peuvent répercuter les coûts du chauffage, de la ventilation et de l’électricité sur leurs locataires. L’adoption de mesures d’efficacité énergétique ne les intéresse donc que modérément.» Cela trahit une certaine myopie, car les objets à faible optimisation énergétique perdent de leur attrait et de leur valeur sur le marché», écrit-il dans un communiqué de presse.

«L’exemple de l’éclairage de la cage d’escalier illustre ce manque de volonté de diminuer l’empreinte écologique des bâtiments», explique le consultant en efficacité énergétique lucernois Jules Pikali, qui regrette qu’un programme de soutien pour le remplacement des lampes traditionnelles des cages d’escalier par des ampoules LED se soit heurté à un désintérêt quasi général dans le canton de Lucerne.

«Certaines formes d’incitation existent bel et bien: un logement mal assaini a peu de chances de trouver preneur sur le marché»

«Du point de vue des coûts, il n’est pour le bailleur pas très intéressant d’investir dans des travaux d’optimisation énergétique», explique Thomas Ammann, de l’Association des propriétaires fonciers (APF). Un constat incite toutefois le propriétaire à se lancer: «un appartement mal assaini a peu de chances de trouver preneur sur le marché.» Le locataire exige aujourd’hui une certaine norme. Et vu que les charges représentent une partie importante du loyer, il pourrait en tirer un certain profit. En effet, «un objet immobilier modernisé n’est plus aussi tributaire de la volatilité des prix de l’énergie qu’avant sa rénovation», poursuit Thomas Ammann.

À propos de l’augmentation du loyer qui s’ensuit très souvent, il explique que «les investissements consentis pour l’optimisation énergétique doivent être compensés par le revenu locatif. Il est donc légitime de majorer le loyer en conséquence.» Contrepartie de cette hausse: un plus grand confort d’habitation et des économies sur les charges pour le locataire. Thomas Ammann ajoute cependant que «la modicité des prix actuels de l’énergie et la réduction du montant des frais accessoires font qu’il n’est pas possible de compenser entièrement l’augmentation de loyer consécutive à l’amélioration de l’efficacité énergétique.» En d’autres termes, le niveau très bas des prix du pétrole rend les investissements dans les nouvelles technologies moins intéressants.

Evaluer l'utilité d'une modernisation

Roland Stadelmann lance un appel aux bailleurs et demande: «Quelle offre immobilière peut aujourd’hui trouver preneur si elle n’est pas certifiée «écologique»? Réponse de l’Association des propriétaires: «Nous recommandons à nos membres d’examiner les demandes de ce genre.» Le bailleur évalue l’opportunité et l’utilité d’une modernisation sur la base des spécificités et de l’état de chaque objet immobilier considéré dans son ensemble. Selon Roland Stadelmann, chaque optimisation permet d’économiser 10 à 15% d’énergie par la suite.

Source : 20minutes.ch, Pascal Michel