Revue de presse

11.06.2015

Genève : ville contre villas

De par leur étendue et leur situation, les zones villas représentent en Suisse un énorme potentiel de densification de l’habitat, en vue de freiner le mitage du territoire.

De par leur étendue et leur situation, les zones villas représentent en Suisse un énorme potentiel de densification de l’habitat, en vue de freiner le mitage du territoire. Mais ce potentiel est difficilement exploitable, en raison notamment de son morcellement. Ce qui fait qu’on laisse le plus souvent ces quartiers évoluer «naturellement», au gré des changements de propriétaire, la valorisation foncière l’emportant le plus souvent sur les autres considérations.

Genève est un cas à part. Sur un territoire exigu où la zone agricole est devenue intouchable, les quartiers à faible densité proches du centre sont directement visés pour la création massive de logements.

Ailleurs, les autorités encouragent les propriétaires de villas à mieux exploiter leurs droits à bâtir, en construisant par exemple une seconde habitation sur leur parcelle. Genève, au contraire, se distingue par une approche radicale: l’Etat veut combattre dans certains périmètres cette «densification douce», qui compromettra et renchérira le moment venu la transformation totale des quartiers cibles.

«Créer de la ville en zone villas», proclame le valeureux slogan, avec l’objectif d’y multiplier par huit le nombre de logements. Mais, face à la densification de la zone villas, l’Etat court un double danger. Celui de se mettre à dos les défenseurs de la propriété privée et une classe moyenne qui a eu accès à celle-ci dans les quartiers visés précisément. Celui de se décrédibiliser en proclamant des ambitions qui ne seront pas suivies d’effets.

La nouvelle démarche du gouvernement genevois s’engage sous un signe favorable. Le conseiller d’Etat Antonio Hodgers assure avoir compris que la concertation avec les propriétaires privés sur la typologie des futurs quartiers est une meilleure arme que la diabolisation des «privilégiés». En retour, les partis politiques ont trouvé un consensus pour permettre à l’Etat, sous conditions, de bloquer les autorisations de construire dans les zones réservées pour une durée de cinq ans. Les défenseurs de la propriété y voient un moindre mal. La voie étroite sur laquelle le canton s’engage sera suivie avec attention en Suisse par les partisans et les sceptiques de la densification.

Source : letemps.ch, Yelmarc Roulet